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 T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien

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Céline
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MessageSujet: T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien   Lun 30 Déc 2013, 15:22

The Association of Pet Dog Trainers (Greenville, Caroline du Sud, USA) a publié le 20 octobre 2009 un long article intitulé Dominance et éducation des chiens, accompagné d’une position officielle, concernant les modèles théoriques de la dominance et de la hiérarchie interspécifique dans le cadre des relations homme-chien.

L’article principal est ici proposé en © traduction libre, réalisée par Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien.

Dominance et éducation des chiens

Les utilisations du terme « dominance » et de la théorie de la meute/de la hiérarchie pour expliquer le comportement des chiens ont récemment fait l’objet de nombreuses recherches.

The Association of Pet Dog Trainers (l’Association des Éducateurs Canins) souhaite informer les propriétaires de chiens des conséquences qu’entraîne le fait de se baser sur ces modèles théoriques pour comprendre les chiens, interpréter leurs comportements et tenter de vivre de façon harmonieuse avec eux.

Contrairement aux croyances populaires, les études réalisées sur les loups dans leurs milieux naturels démontrent que ceux-ci ne sont pas dominés, au sein de leur meute, par un « loup Alpha » qui serait le mâle le plus agressif, pas plus que par un « couple Alpha ».

Ces études ont notamment prouvé que l’organisation sociale des meutes de loups est très similaire à celle des familles humaines, et que donc il y a très peu d'agressions ou de combats pour la « dominance ».

Les loups vivant en meute, que ce soient les adultes/parents ou les louveteaux, dépendent les uns des autres pour survivre au sein de leur biotope ; en conséquence ceux qui s’engageraient dans des comportements agressifs envers leurs congénères intra-meute réduiraient la capacité de la meute dans son ensemble à survivre et à se développer.

Alors que des hiérarchies sociales existent (comme pour les familles humaines), elles ne sont pas liées à l’agression, contrairement à ce qui est généralement décrit (incorrectement) dans la culture populaire.

Comme le très reconnu chercheur scientifique L. David Mech l’’a récemment rédigé à la suite de ses nombreuses années d’étude des comportements des loups, « il est temps d’en finir une bonne fois pour toutes avec notre vision démodée de la meute de loups représentée comme un regroupement agressif d’individus se concurrençant mutuellement pour la position de dominant. » (Mech, 2008)

En sus de cette nouvelle compréhension du comportement des loups, l’étude de celui des chiens a également permis de découvrir que ceux-ci, tout en partageant des points communs avec leurs cousins les loups, présentent cependant de nombreuses différences sociales significatives.

En conséquence, l’idée que le comportement canin soit expliqué par l’utilisation des modèles de comportement du loup n’est pas plus opportun que de suggérer que le comportement des chimpanzés peut être utilisé pour expliquer le comportement humain.

Malheureusement, l’idée que les chiens seraient de façon fondamentale des loups domestiqués vivant dans nos foyers persiste encore parmi les éducateurs canins et les comportementalistes, ainsi que chez nombre d’éleveurs et propriétaires de chiens, ainsi que dans les médias.

Une des plus grandes idées reçues que nous rencontrons est le modèle de la « dominance ».
Les chiens sont souvent décrits comme étant dominants, ce qui est un usage incorrect du terme.

La dominance n’est pas un trait de personnalité.
La dominance est tout d’abord « un terme descriptif des relations entre des couples d’individus » et en outre « l’utilisation de l’expression « chien dominant » n’a pas de sens dans la mesure où la « dominance » ne peut s’appliquer qu’à des relations entre des individus. »  (Bradshaw et X, 2009).

La dominance entre en jeu dans une relation intraspécifique, lorsqu’un individu veut se procurer avant les autres le meilleur des ressources disponibles, comme par exemple la nourriture, le couchage, les jouets, les os.

Cependant, même entre chiens ces comportements n’utilisent ni la force ni la coercition, mais bien la soumission volontaire de l’un des membres de la relation, celui-ci se soumettant à l’autre de façon paisible.

Dans beaucoup de foyers, le statut d’un chien par rapport à un autre est fluide.
En d’autres termes un chien peut être le premier à attraper des jouets mais va également laisser à l’autre le choix du lieu de couchage par exemple.

Les chiens qui utilisent l’agression pour obtenir ce qu’ils veulent ne montrent pas de la dominance mais des comportements basés sur l’anxiété, ceux-ci ne faisant qu’augmenter lorsqu’ils sont confrontés à des menaces verbales ou physiques de leurs propriétaires.

Le fait de baser l’interaction propriétaire-chien sur la dominance est dangereux pour la relation interspécifique, entraîne un stress, une anxiété et une agression potentielle accrus du chien, ainsi que la peur et l’antipathie du propriétaire envers son animal.


Vivre avec les chiens : qu’est-ce qui est important ?


Quand il s’agit de vivre et/ou de travailler avec des chiens, le concept de dominance est largement inutile.

Cela sera peut-être surprenant pour de nombreux propriétaires de chiens.

La vérité est cependant que lorsqu’on travaille avec des chiens qui ont un problème comportemental et/ou d’éducation, l’objectif du professionnel canin doit être de favoriser une modification du comportement non désiré et donc de mettre en œuvre un protocole de formation et/ou de thérapie comportementale adapté, afin de traiter le problème rencontré en première instance et avant toute autre action.

Ceci ne nécessite pas de comprendre la motivation du chien ni son état émotionnel, mais oblige à se concentrer sur ce que le chien fait (son comportement) et sur ce que nous voudrions qu’il fasse, tout en aidant le chien à comprendre comment réaliser les actions désirées, pour ensuite pouvoir le récompenser de les avoir accomplies.

Beaucoup trop souvent, les propriétaires de chiens ont été conseillés de manière à « montrer au chien qui est le chef » et à « être l’Alpha ».
L’effet négatif de ce mode d’approche et de pensée est qu’il crée une relation défavorable, donc à long terme dommageable, entre le propriétaire et son chien, avec le sentiment persistant que ce dernier essaie à tout prix de contrôler le foyer et la vie de son maître.

Une telle idée fausse détériore la relation propriétaire-chien et peut conduire à des comportements de peur, d’anxiété ou d’agressivité de la part de l’animal.
Les chiens ne parlent pas notre langage et peuvent se retrouver acculés dans nos foyers dans des situations qu’ils ont du mal à appréhender, par des maîtres essayant de se comporter comme, ils le croient à tort, les loups le font.

Plutôt que la « dominance », c’est plus un manque de communication interspécifique claire qui induit les comportements qui nous préoccupent.

C’est la responsabilité de l’homme d’apprendre aux chiens les comportements appropriés et de les récompenser lorsqu’ils réalisent les actions que nous attendons d’eux.

De façon tout aussi importante, c’est notre rôle de leur montrer quels comportements ne sont pas appropriés, de façon constructive et avec compassion, afin de ne pas surenchérir sur leur anxiété.

L’agression envers le chien (ou perçue comme telle) n’est pas, n’est jamais, la bonne méthode.

Des actions comme l’ « alpha roll » (retourner par la force et maintenir un chien sur le dos)  ou le « scruff shake » (secouer un chien en le prenant par la peau du cou) n’ont aucun fondement quand il s’agit d’étudier le comportement du chien ou du loup ; elles conduisent uniquement à créer des peurs inutiles des chiens à notre égard, peurs qui peuvent conduire à des agressions, tout simplement parce qu’un chien qui a peur n’a pas d’autre moyen de se protéger que d’utiliser ses dents.

Nous devons à nos chiens de voir le monde selon leur point de vue afin de créer une relation plus harmonieuse avec eux.

Que nous regardions un chien ou un loup, des gestes tels qu’empoigner, forcer à exécuter un « down », grogner à sa face et autres comportements agressifs dirigés contre lui vont seulement conduire l’animal à développer une réponse « combat ou fuite » où l’animal craint pour son intégrité physique.

Dans de telles situations l’animal va soit se figer sur place de peur, soit s’éloigner de l’animal qui le menace (ici l’homme) s’il en a la possibilité, soit se battre pour se protéger.

Lorsque nous nous engageons dans de tels comportements/relations avec nos chiens, nous ne disons pas au chien que nous sommes le chef, nous leur prouvons que nous sommes des êtres dangereux qu’il faut éviter ou vaincre.

Il n’y a pas de « dominance » dans de tels scénarii ; seulement de la terreur et l’instinct de se défendre contre l’attaque.


Si la dominance n’est pas à employer, alors qu’utiliser ?


Fort heureusement, de nombreux éducateurs et comportementalistes professionnels utilisent désormais des concepts qui insistent sur la construction d’une relation saine, heureuse et attentionnée plutôt que sur la dominance.

Quelques éducateurs font référence au terme « leadership » (ou autres termes similaires) qui est moins négatif que « dominance » ou « Alpha ».

Ce que ces éducateurs ont en commun est un désir d’expliquer et de promouvoir des modes de vie en commun agréables, compassionnels et sans confrontation.

Ces approches éducatives ont pour objectif de renforcer le lien entre le propriétaire et son chien, ainsi que d’enseigner audit propriétaire des moyens plus efficaces de communiquer avec son animal.

Pour les chiens présentant des troubles, ces éducateurs utilisent des programmes tels que « rien dans la vie n’est gratuit », qui repose sur le principe que le chien doit faire quelque chose pour obtenir ce qu’il veut (par exemple s’asseoir pour obtenir à manger, marcher sur une laisse détachée pour avancer, etc.).

Ces programmes sont efficaces car le chien apprend des règles qui sont constamment renforcées, ainsi que ce qu’il a besoin de faire pour obtenir ce qu’il souhaite, par exemple de la nourriture, des caresses ou du jeu.

Les chiens n’ayant pas la possibilité de discours articulé, les problèmes comportementaux et d’anxiété apparaissent lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes pour décider comment vivre dans notre monde, sans conseils, soutien ni apprentissage appropriés.

Dans la société humaine elle-même, nous nous comportons mieux dans un monde « qui a du sens pour nous » et qui est clairement structuré.

Les mythes qui résonnent sur la théorie de la dominance tels que de ne pas autoriser le chien à coucher dans le lit, à manger le premier ou à passer une porte avant lui, n’ont  aucune corrélation avec le fait que le chien va ou non rechercher la gouvernance de son maître.

Les règles spécifiques de la relation dépendent cependant du maître et sont basées sur ce qu’il veut au sein de son foyer.
Les éducateurs formés et utilisant des méthodes bienveillantes vis-à-vis du chien doivent s’efforcer d’enseigner aux propriétaires comment conduire l’apprentissage et motiver de façon positive et douce leurs compagnons afin qu’ils se comportent d’une façon qui convienne au foyer, ainsi que la manière d’adapter ces règles à chaque individu.

Il n’existe pas de données scientifiquement validées qui permettent de confirmer la croyance que vous devez manger avant votre chien, l’éloigner de votre lit ou marcher devant lui ; les maîtres ne doivent pas être conduits à le croire et, ainsi, vivre dans un état permanent d’anxiété et de peur quant à une prise de contrôle éventuelle de leur chien sur eux et leur foyer.

En fait la grande majorité des chiens et des propriétaires ont de magnifiques relations,  même si l’animal est autorisé à aller dormir sur le lit de son maître, manger avec lui et faire de nombreuses choses considérées de façon erronée comme de la « dominance ».

Afin d’illustrer quelques mythes sur la dominance, nous avons rédigé un document intitulé Les mythes sur la dominance et les réalités de l’éducation des chiens.


Conclusion

Quand vous aurez à faire le choix d’un éducateur canin ou d’un comportementaliste pour votre relation avec votre chien, vous devrez garder à l’esprit que les philosophies et les méthodologies sont très nombreuses et dissemblables.

L’APDT conseille d’interroger les éducateurs et/ou comportementalistes potentiels afin de connaître leurs principes et croyances concernant la « dominance », ainsi que leur position sur le fait d’utiliser ou non la force physique et l’intimidation pour éduquer un chien, que ce soit pour l’obéissance ou pour des problèmes comportementaux.

Un professionnel canin formé devrait être familiarisé avec les derniers concepts scientifiques du comportement canin et être prêt à discuter de ses méthodes avec vous.

The Association of Pet Dog Trainers
150 Executive Center Drive, Box 35, Greenville, SC 29615, USA

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MessageSujet: Re: T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien   Lun 30 Déc 2013, 15:25

Hiérarchie et dominance : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Position de la PPG sur la dominance : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

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MessageSujet: Re: T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien   Lun 30 Déc 2013, 15:28

Position de l'AVSAB sur la Dominance : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Cette déclaration de l’AVSAB (American Veterinary Society of Animal Behavior) sur l’utilisation de la théorie de la dominance dans la modification du comportement de l’animal est motivée par la récente ré-émergence de la théorie de la dominance forçant les chiens et autres animaux à la soumission comme moyen de prévention et de correction des problèmes comportementaux. Pendant des décennies, les formations traditionnelles sur le comportement animal se sont appuyées sur la théorie de la dominance, supposant que si les animaux se comportaient mal, cela s’expliquait par la lutte qu’ils menaient pour accéder à un rang social plus élevé. Cette idée incite souvent les éducateurs à croire que la force ou la contrainte doivent être utilisés pour réprimer les comportements indésirables. Dans les dernières décennies, notre compréhension de la théorie de la dominance et du comportement des animaux domestiques, et de leurs contreparties sauvages, s’est considérablement enrichie, menant à la révision de ces idées. Pour comprendre comment et s’il faut ou non appliquer la théorie de la dominance au comportement des animaux, il est tout d’abord impératif d’en connaître les principes de base.

PS : L’AVSAB est un groupe de vétérinaires et de chercheurs qui se consacrent à l’amélioration de la vie des animaux et des personnes à travers la compréhension du comportement animal.

Définition de la Dominance

La dominance est définie comme une relation entre des individus animaux basée sur la force/agression et la soumission, pour déterminer qui a la priorité d’accès aux multiples ressources tels que la nourriture, les lieux de repos favoris et les camarades (Bernstein 1981 ; Drews 1993). Une relation de dominance/ soumission n’existe pas sans qu’un individu ne se soumette systématiquement. Dans de telles relations, la priorité d’accès existe essentiellement quand l’individu le plus dominant est présent pour garder la ressource. Par exemple dans un troupeau comprenant plusieurs taureaux et beaucoup de vaches, les mâles subordonnés évitent les tentatives d’accouplement lorsque le taureau dominant est à proximité ou renoncent quand il approche. Cependant, ils s’accoupleront quand le taureau dominant sera à distance, séparé par une barrière ou hors de leur champ de vision. En s’accouplant de cette manière, les taureaux subordonnés ne défient pas le taureau dominant mais ils utilisent plutôt une stratégie alternative pour accéder aux femelles. Dans notre relation avec nos animaux de compagnies, l’accès aux ressources prioritaires n’est pas la préoccupation majeure. La majorité des comportements que les propriétaires veulent modifier comme les vocalises excessives, les salutations indisciplinées ou les échecs de rappel, ne sont pas liés aux ressources et n’impliquent même pas d’agression. Ces comportements se produisent plutôt parce qu’ils ont été accidentellement récompensés et parce que des comportements alternatifs appropriés n’ont pas été mis en place au lieu de cela. Par conséquent, ce que veulent vraiment les propriétaire n’est pas de devenir le dominant mais obtenir la capacité d’influencer leurs animaux pour exécuter volontairement certains comportements – ce qui est une des définitions acceptées du « leadership » (Knowles and Saxeberg 1970 ; Yin 2009).

L’application de la théorie de la dominance dans les interactions homme-animal peut provoquer des problèmes

Même dans des cas relativement peu nombreux où l’agression est liée au rang, l’application des théories sociales animales en imitant la façon qu’utilisent les animaux pour se répondre peut poser problèmes. Premièrement, cela suppose de recourir à la punition, laquelle peut réprimer l’agression sans traiter la cause sous-jacente. Parce que la peur et l’anxiété sont les principales causes d’agression ainsi que d’autres problèmes de comportement, y compris celles liées à la garde de ressource, l’utilisation de la punition peut directement renforcer le problème en augmentant la crainte ou l’anxiété chez l’animal (AVSAB 2007). Deuxièmement, cela ne prend pas en compte le fait que chez les animaux sauvages les relations de dominance-soumission sont renforcées par des postures d’avertissement et des démonstrations de dominance ou de soumission ritualisées. Si la relation est stable, l’animal soumis se laisse asservir par l’individu dominant. Si la relation est moins stable, l’individu dominant qui a une personnalité plus agressive ou qui a une moindre confiance dans ses capacités à maintenir un rang plus élevé, les expressions agressives continueront à se produire (Yin 2007 ; Yin 2009).

Les personnes qui s’appuient sur la théorie de la dominance pour éduquer leurs animaux de compagnie peuvent régulièrement les menacer avec des démonstrations agressives ou utiliser à plusieurs reprises la force physique. Au contraire, les animaux de compagnie soumis à des menaces ou par la force ne peuvent pas démontrer de comportements dociles. Au lieu de cela, ils peuvent réagir avec agressivité, pas parce qu’ils essayent d’être dominant, mais parce que l’homme qui les menace leur font peur. Troisièmement, dans la nature, même dans des relations de dominance/soumission bien établies, la relation dure seulement tant que l’individu d’un rang supérieur est assez fort pour conserver ce rang. Ainsi, la conservation d’un rang élevé reste limitée autant dans les relations homme-animal qu’animal-animal. En générale, l’utilisation de la théorie de la dominance pour comprendre les interactions homme-animale mènent vers une relation antagonique entre les propriétaires et leurs animaux de compagnie.

La norme

L’AVSAB souligne que la norme pour les vétérinaires spécialisés dans le comportement est que la théorie de la dominance ne devrait pas être utilisée comme une référence générale dans la modification du comportement. Au lieu de cela, l’AVSAB précise que la modification du comportement et les méthodes d’éducation devraient se concentrer sur le renforcement des comportements souhaitables, en évitant le renforcement des comportements indésirables et en s’efforçant de s’intéresser à l’état émotionnel sous-jacent et aux motiviations, y compris le facteur médical et génétique, qui alimentent le comportement indésirable.

Comment le leadership diffère de la dominance

L’AVSAB précise que la dominance et le leadership ne sont pas synonymes. Dans les domaines humains relatifs à la gestion de l’entreprise et à la sociologie, où le leadership est largement étudié, le leadership est défini par certains comme « le processus d’influer sur les activités d’un individu ou d’un groupe afin de réaliser un certain objectif dans une situation donnée » (Dubrin 1990 ; Barker 1997).

Malgré cette définition, qui inclut l’influence par la contrainte, les chercheurs concernés par ces domaines déconseillent l’usage de la contrainte ou de la force pour tenter d’obtenir du leadership (Benowitz 2001). La contrainte et la force génèrent une force de résistance passive qui exige une pression et une gestion soutenues de la part du leader, ce qui n’est généralement pas une bonne tactique pour obtenir les meilleurs performances d’une équipe (Benowitz 2001). De plus, ces gestionnaires qui dirigent via la coercition (capacité à punir) « génèrent le plus souvent de la résistance qui peut amener les travailleurs à éviter délibérément d’exécuter des instructions ou de désobéir aux ordres » (Benowitz 2001).

De la même façon que les animaux de compagnie, le leadership devrait être atteint par des moyens plus positifs – par l’enrichissement du comportement approprié et l’utilisation des ressources désirées pour renforcer ces comportements. Le leadership est établie quand un propriétaire d’animaux peut systématiquement mettre des limites claires et cohérentes sur le comportement à adopter, communiquer efficacement en récompensant immédiatement les bons comportements, en empêchant l’accès ou en supprimant les récompenses des comportements indésirables avant que ces comportements ne soient renforcés. Les propriétaires doivent éviter de renforcer les comportements indésirables et renforcer uniquement les comportements souhaitables fréquemment et de façon suffisamment cohérente pour que les bons comportements deviennent une habitude. (Yin 2007).

Finalement, l’AVSAB indique que même si l’agression entre animaux, qu’ils soient domestiqués ou sauvages, peut être liée au désir d’atteindre le rang le plus haut de la hiérarchie ainsi qu’à l’accès prioritaire aux ressources, il existe cependant beaucoup d’autres causes. Celles-ci sont traitées en détail dans les nombreux manuels vétérinaires sur le comportement (voir [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour les articles utiles).

Par conséquent, on ne devrait pas automatiquement présumer que la dominance est la cause de tels conflits, particulièrement lorsque le conflit survient dans un foyer humain. Au lieu de cela une évaluation médicale et comportementale minutieuse devrait être menée sur tous les animaux impliqués dans des conflits pour déterminer la cause réelle de l’agression.

Conclusion

L’AVSAB souligne l’importance de l’utilisation des données scientifiques sur les principes d’apprentissage qui s’appliquent à toutes les espèces et les moyens acceptés pour l’éducation et la modification du comportement chez les animaux de compagnie, c’est la clé pour notre compréhension de la manière dont les animaux apprennent et les moyens pour que nous communiquions avec eux.

POINTS CLÉS !

- Bien que les avancées dans la recherche sur le comportement aient modifié notre compréhension des hiérarchies sociales chez les loups, beaucoup d’éducateurs continuent à se baser sur les préceptes périmés de la théorie de la dominance. (Cf la partie sur les mythes de la dominance et les comportements du loup relatifs aux chiens).

- La dominance est définie comme une relation entre des individus animaux basée sur la force/agression et la soumission, pour déterminer qui a la priorité d’accès aux multiples ressources tels que la nourriture, les lieux de repos favoris et les camarades (Bernstein 1981 ; Drews 1993). La plupart des comportements indésirables chez nos animaux de compagnie ne sont pas liés à l’accès prioritaire des ressources, ils sont plutôt dus à un renforcement accidentel de ce comportement.

- L’AVSAB recommande aux vétérinaires de ne pas envoyer les clients chez des éducateurs ou conseillers en comportement qui se baseraient sur la théorie de la dominance et de la hiérarchie avec la relation conflictuelle qui s’ensuit.

- Au lieu de cela, l’AVSAB souligne que l’éducation de l’animal, les stratégies préventives sur le comportement et les programmes de modification du comportement devraient suivre les directives scientifiques basées sur le renforcement positif, le conditionnement opérant, le conditionnement classique et le conditionnement inversé.

- L’AVSAB recommande aux vétérinaires d’identifier et d’envoyer les clients uniquement vers des éducateurs ou consultants en comportement qui comprennent les principes de cette théorie d’apprentissage et qui se concentrent sur le renforcement des comportement souhaitables et la suppression du renforcement pour les comportements indésirables.

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MessageSujet: Re: T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien   Lun 30 Déc 2013, 15:30

Les mythes concernant la dominance et le comportement des loups relatifs aux chiens

Mon chien me salue en sautant, vole de la nourriture dans mon dos, tente de grimper sur mes genoux pour être caresser et m’ignore souvent quand je l’appelle. S’agit-il des signes de dominance ?

Non, dans les systèmes sociaux animaux la dominance est définie comme étant une relation entre deux ou plusieurs individus qui s’établie par la force, l’agressivité et la soumission dans le but d’obtenir un accès prioritaire aux ressources (Bernstein 1981 ; Drews 1993). La plupart des comportements indésirables chez les chiens n’émanent pas du désir de gagner un rang plus élevé, mais tout simplement parce que les comportements indésirables ont été récompensés. Par exemple, les chiens sautent sur les personnes et montent sur les genoux parce que lorsqu’ils le font ils obtiennent de l’attention. De même, les chiens ne reviennent pas quand ils sont rappelés s’ils sont récompensés par les objets ou les activités qui les distraient. Même voler de la nourriture quand les humains ont le dos tourné n’est pas un jeu pour obtenir un rang supérieur. Dans la nature, les animaux de rangs inférieurs volent des ressources lorsque les animaux de rangs supérieurs ne sont pas là pour protéger ces ressources. Il s’agit d’une stratégie alternative pour l’obtention des ressources convoitées. Ceux qui sont récompensés par le succès sont plus susceptibles de recommencer à voler de cette façon.

Parce que les chiens sont proches des loups, nous devrions utiliser les loups comme modèles pour comprendre les chiens.


Alors que nous pouvons avoir quelques idées sur certains types de comportement étudier chez les chiens en se basant sur ce que nous savons des loups, le meilleur modèle pour comprendre les chiens domestiques sont les chiens domestiques. Les chiens ont divergé significativement des loups il y a plus de 15 000 ans. Les loups ancestraux ont évolué en chasseurs et vivent généralement en meutes constituées le plus souvent de membres de la même famille (Mech 2000). Les membres de la meute coopèrent pour chasser et prennent soins de la progéniture. Pour une année donnée, généralement seul le mâle alpha et sa compagne alpha s’accouple, de sorte que les ressources de l’ensemble de la meute se concentre sur leur seule portée. Les chiens, pour leur part, ont évolué comme des charognards plutôt que des chasseurs (Coppinger et Coppinger 2002). Ceux qui étaient les moins craintifs, à l’instar de leurs homologues humains timides, étaient les mieux placés pour survivre parmi les ordures et les déchets des humains et pour se reproduire dans cet environnement. Actuellement, les chiens en liberté vivent en petits groupes plutôt qu’en meutes cohérentes, et dans la plupart des cas ils passent une grande partie de leur temps seul (MacDonald et Carr, 1995). Généralement ils ne coopèrent pas pour chasser ou pour élever leur progéniture, et pratiquement tous les mâles et toutes les femelles ont la possibilité de se reproduire (Boitani et al., 1995). Les différences marquées dans les systèmes sociaux, tels que ceux que nous venons de décrire, conduisent inévitablement à des différences notables dans le domaine du comportement social.

J’ai entendu dire que si vous pensez qu’un chien est dominant vous deviez le retourner sur le dos (Alpha Roll) et lui grogner au visage car c’est ce qu’un loup alpha ferait.

Dans une meute de loups, les individus de rangs supérieurs ne retournent pas les individus de rangs inférieurs sur le dos. Au contraire, les loups de rangs inférieurs montrent leur statut de subordonné en se retournant eux-même sur le dos. Ce retournement de soumission est un signe de déférence semblable au salut que nous aurions devant une reine ou un pape en nous agenouillant. Par conséquent, le terme le plus approprié de cette posture serait le retournement de soumission (Yin 2009).

Même si les loups ne retournent pas leurs subalternes sur le dos, cela semble fonctionner dans certains cas. Devrais-je quand même essayer si mon chien est agressif ?

La cause la plus fréquente d’agression chez le chien est la crainte. Immobiliser un chien par terre quand il a peur ne s’attaquera pas à l’origine de sa peur. En outre, cela peut accroître l’agressivité (AVSAB 2007). En fait, une étude récente sur les chiens (2008 Herron et al.) a constaté que les techniques de confrontation telles que taper ou frapper du pied le chien lors d’un comportement indésirable, gronder le chien, effectuer un « alpha roll », regarder fixement le chien et imposer une position de dominance ont fréquemment suscité une réaction agressive du chien. L’agression peut également être redirigé vers des objets inanimés ou d’autres animaux ou des personnes autres que le propriétaire. Même une punition non physique, comme une sévère réprimande verbale en secouant le doigt devant le chien, peut provoquer une agression défensive si le chien se sent menacé.

J’ai entendu dire que pour être le patron ou le leader, vous deviez passer les portes en premier et vous deviez marcher devant le chien comme font les loups.

Dans une meute de loups, les loups de plus hauts rangs mènent la chasse qu’une partie du temps (Peterson et al. 2002). Par ailleurs, quand ils chassent, ils ne gardent aucune formation linéaire en fonction de leur rang.

Puisque l’Alpha passe en premier, devriez-vous manger avant votre chien ?

Les loups de rangs élevés n’ont pas nécessairement la priorité d’accès à la nourriture. Une fois qu’un loup est en possession de la nourriture, il n’y renoncera pas pour un autre loup, quelque soit son rang. Lorsque la nourriture n’est pas encore en possession d’un loup, les agressions ritualisées (grognements, postures…) peuvent toujours se produire, les loups de rangs supérieurs s’en sortent souvent vainqueurs.

Nourrir les chiens avec des friandises peuvent les rendre dominant.

Même parmi les animaux sauvages, le partage de la nourriture ne se rapporte pas à la dominance. Les loups adultes régurgitent fréquemment de la nourriture pour leurs petits. Les mâles d’autres espèces font souvent la court aux femelles en leur apportant de la nourriture. Donner à un chien une friandise quand il saute ou aboie c’est l’entraîner à reproduire un comportement indésirables. Toutefois cela ne lui apprendra pas qu’il appartient à un rang supérieur ou qu’il a un accès prioritaire aux ressources. Si vous souhaitez lui apprendre à attendre poliment avant de déguster un festin il suffit d’attendre patiemment qu’il s’assoie ou qu’il se couche puis de lui donner une friandise.

Peut on grogner, essayer de mordre un chien, ou former une griffe avec vos doigt afin d’imiter ce que fait le loup quand il grogne ou mord un subalterne ?

Il n’existe aucune étude à ce sujet. Cependant, comme expérience, vous pourriez demander à un ami qui a déjà été mordu par un chien si le frapper avec vos doigts en formant une griffe a le même effet que la morsure qu’il a subit, ou si votre grognement semble être aussi féroce. En général, nous ne devrions pas supposer que nos actions puissent ressembler à celles d’un chien ou d’un loup. Au contraire, nous devons évaluer chacune de nos interactions avec nos animaux de compagnie et observer leur réponse afin de déterminer la façon dont l’animal les perçoit.


Références :

American Veterinary Society of Animal Behavior. 2007. AVSAB Position Statement–Punishment Guidelines: The use of punishment for dealing with animal behavior problems. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] avsabonline.org/avsabonline/index.php?option=content&task=view&id=119.

Barker, R. 1997. How can we train leaders if we don’t know what leadership is? Human Relations 50(4):343-62.

Benowitz, E.A. 2001. CliffsQuickReview: Principles of Management. New York: Hungry Minds.

Bernstein, I.S. 1981. Dominance: The baby and the bathwater. J Behav Brain Sci 4:419-57.

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MessageSujet: Re: T - Notion de dominance et de hiérarchie Humain - Chien   Lun 06 Jan 2014, 15:55

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Meute, dominance.. qu’est-ce que c’est ? Et cela s’applique-t-il au chien ?

On entend souvent dire: “Mon chien est un dominant” ou encore “Il faut être le chef de meute”! Affirmations dites avec aplomb, acceptées comme une sorte de vérité générale. Mais qu’en est-il réellement ? Que peut nous apprendre la science quant aux relations des chiens entre eux, et des chiens avec les humains ?

1) Parlons déjà de la notion de dominance / subordination


Le caractère de dominant ou subordonné existe chez de nombreuses espèces animales, mais encore faut-il savoir le définir correctement et surtout l’utiliser correctement. En fait, en éthologie, on parle de statut de dominant et de subordonné comme résultante d’une interaction entre deux individus.

Il ne s’agit pas d’un caractère fixe, ni d’un trait de tempérament. L’impulsivité, la témérité, ou au contraire la timidité sont des traits de tempérament propres à chaque individu qui peuvent avoir un poids sur l’orientation d’une interaction. Mais en aucun cas on ne peut parler de trait fixe dans toutes les situations. Un même individu peut ressortir dominant d’une interaction un jour ou pour un sujet de convoitise précis, car il est plus motivé, mais pas le lendemain, car il sera plus fatigué, ou sera moins motivé. Un même individu peut être dominant face à un individu A, mais subordonné face à un individu B. Bernstein écrivait dès 1981: « la dominance n’est pas en soi un trait mais une propriété émergente d’une relation » et « chaque animal a ses priorités même si elles changent avec le temps ».

2) Passons maintenant à la notion de hiérarchie de dominance


Et oui, cette notion est essentielle, car il ne faut pas confondre la notion de dominance/subordination avec celle de hiérarchie de dominance. En éthologie, la hiérarchie de dominance, lorsqu’elle existe dans un groupe, est définie comme suit: c’est une hiérarchie établie à partir de l’ensemble des relations (de dominance/subordination, ndlr) dyadiques au sein d’un groupe stable d’individus de la même espèce.

Attention, notez bien les trois points importants de cette définition scientifique:

1. « ensemble des relations dyadiques« , au pluriel => il ne peut donc pas y avoir de hiérarchie seulement entre deux individus, il faut pour parler de hiérarchie au moins 3 individus, pour pouvoir caractériser les relations unissant A à B, B à C et A à C.

2. « groupe stable » => il n’y a donc pas de hiérarchie qui s’installe sur un groupe de chien se rencontrant pour la première fois lors d’une promenade. Le cas des groupes de chiens qui se fréquentent de façon régulière est plus particulier, mais est-ce vraiment un groupe stable dans tous les cas ? Car ils ne se côtoient pas régulièrement pour toutes les activités du quotidien, et ne sont pas toujours tous au complet, si une famille a eu un empêchement et n’a pas pu venir par exemple, il « manque » donc un chien…

3. « d’individus de la même espèce » => je reviendrai la-dessus un peu plus bas, mais notez simplement qu’humains et chiens ne sont pas de la même espèce.

Et dans tous les cas, lorsqu’on peut parler de hiérarchie de dominance, il faut savoir qu’il en existe plusieurs types :

- Linéaire: A domine B, B domine C, et A domine C

- Circulaire: A domine B, B domine C et C domine A.

Chez le chien, tous les groupes ne sont pas toujours stables, et ce sont souvent des dyades qui sont observées chez les chiens qui errent librement. Et lorsqu’il y a groupes stables, les hiérarchies ne sont pas fixes et changent souvent, régulièrement, selon les situations. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à lire le chapitre « Ecologie et Socialité du chien » du livre « Comportement et Education du Chien », aux éditions Educagri.

3) Les limites de la théorie de la dominance chez le chien

LIMITE N° 1 : la notion inter-spécifique

La hiérarchie est une notion développée en éthologie pour étudier l’organisation des groupes d’individus de même espèce. A l’heure actuelle, il n’existe aucune preuve scientifique montrant qu’il existe des hiérarchies de dominance dans des groupes inter-spécifiques. N’oublions pas que les chiens sont capables de discriminer des éléments sur leur forme, leur taille et leur odeur. Or les chiens n’ont pas la même forme que es humains, ni la même démarche (marchent à quatre pattes, possèdent une queue, etc etc), n’ont pas la même taille non plus, et ne parlons pas de l’odeur! Les chiens sont capables de discriminer les humains des chiens (et même les individus familiers et non familier). Ils ne nous prennent pas pour des chiens !

(Pour plus d’informations sur les capacités de discrimination des espèces chez les chiens, n’hésitez pas à lire cet excellent article du Dr. Autier-Dérian et al. 2013 en cliquant ici: visual discrimination of species in dogs )

LIMITE N°2 : la focalisation sur les interactions agonistiques

En effet, cette théorie se base sur les seules interactions agonistiques (=agressives) pour décrire les relations entre les membres d’un groupe. Elle occulte complètement la résultante affiliative des interactions, c’est à dire les interactions agréables, amicales entre les individus. En quoi cela est-il important ? Voici un exemple volontairement simplifié pour que cela soit plus parlant: dans un groupe d’amis humains, ou dans une famille humaine même, les moments de disputes, donc d’interactions agonistiques, ne représentent qu’un faible pourcentage des interactions entre les individus! Et donc caractériser l’ensemble des relations d’un groupe en ce basant uniquement sur la résultante des interactions agonistiques, c’est passer à côté de la majorité des interactions reliant les individus et définissant réellement leurs relations. Le professeur B.Deputte en 2010 a d’ailleurs dit « la cohésion d’une groupe, sa condition d’existence, est maintenue par l’expression de caractères amicaux ».

LIMITE N°3 : La notion de famille meute

Parlons de la notion de famille-meute: une meute est définie en éthologie comme un groupe familial composé des parents et des enfants de l’année N, voire ceux de l’année N-1 qui sont restés pour aider les parents à élever les jeunes. Les individus peuvent s’y reproduire librement, fourrager (= chercher de la nourriture) librement, et quitter la meute librement. On parle alors de famille étendue (Fox, 1975). Mais là encore, on sait maintenant que les loups ne vivent pas tous en meute, certains sont solitaires, ou vont former des groupes temporaires pour chasser collectivement. Le groupe que vous formez avec vos chiens est-il réellement une meute ? Votre groupe de chien est-il réellement une meute ? Chez les fourmis, les oiseaux, les primates, etc etc on ne parle pas de meute, donc il faut faire bien attention à ne pas généraliser un concept de façon inadéquate.

Pour plus de renseignement sur l’organisation sociales des canidés, dont les loups et les chiens, référez-vous au chapitre « Ecologie et Socialité du chien » du livre « Comportement et Education du Chien », aux éditions Educagri.



POUR ALLER PLUS LOIN DANS VOTRE REFLEXION…


Bien d’autres limites pourraient aussi être trouvée, en voici quelques exemples. Mais je ne vais pas rentrer dans le détail, vous laissant plutôt exercer votre esprit critique.

Parlons juste des études réalisées pour mettre en place cette théorie de la dominance homme-chien: elles ont été faites sur des groupes de loups constitués de façon artificielle, en se basant sur les observations des interactions agonistiques uniquement au moment des repas. Puis elles ont été transposées au chien, sans véritable fondement scientifique, pour enfin l’être également à la relation humain-chien… il faut faire attention aux raccourcis rapides, faits sans fondement, car bien souvent ils mènent à des conclusions erronées. Qui plus est, vous semble-il normal d’attribuer à une espèce les règles comportementales d’une espèce avec qui elle partage un ancêtre commun ? Pensez-vous que les humains se comportent entre-eux selon les mêmes règles que les chimpanzés et/ou les bonobos ?

Et surtout, n’oubliez pas que la théorie de la dominance homme-chien est une théorie. Le propre d’une théorie scientifique est de pouvoir être argumentée, mais aussi réfutée, remise en question. Si ce n’est pas le cas, si quelque chose est affirmé sans preuves scientifiques pour l’étayer, si les critiques en sont dénigrées voire refusées, alors il s’agit d’un dogme, et cela n’est plus du tout scientifique. Il ne s’agit pas de dire que cette théorie est fausse, car scientifiquement, un chercheur apprend qu’on ne peut jamais dire que l’on sait tout, qu’il faut continuellement se remettre en question. Mais il s’agit de dire que cela n’est qu’une théorie, et que les preuves scientifiques actuelles ne semblent pas la confirmer, mais au contraire l’infirmer.
Sans parler des liens qui sont faits entre cette théorie et les méthodes utilisées pour l’éducation des chiens, se basant bien-souvent sur la violence, avec toutes les conséquences négatives que cela a sur le bien-être de votre chien. Mais cela est un vaste sujet et fera l’objet d’un autre billet de ce blog !

4) Ce qu’en pensent les éthologistes spécialisés en comportement canin

Adam Miklosi, 2010

Adam Miklosi est un biologiste hongrois, qui a crée le « Family dog project » c’est à dire « Projet Chien de Famille » avec lequel lui et tous les membre de son équipe étudient de nombreuses problématiques liées au chien, comme la domestication, la comparaison des capacités du chien et du loup, les interactions humain-chien, les capacités cognitives des chiens, etc etc… Il est l’auteur d’un livre très complet sur les connaissance actuelles en éthologie canine: « Dog, behaviour, evolution and cognition ».

Dans une courte vidéo déjà présentée sur ce blog, voici ce qu’Adam Miklosi nous explique:
- L’idée de la dominance homme-chien est venue d’observations menées sur des loups captifs, retenus dans un endroit trop petit et mis en compétition => induisant beaucoup d’agressivité, & n’étant pas du tout une situation naturelle.

- Cela a été transposé au chien sans aucune raison !
- Il précise bien qu’il n’est pas nécessaire de voir dans le moindre fait et geste une idée de domination, qui est erronée, car cela n’existe pas entre deux espèces.

John Bradshaw, 2009


John Bradshaw est un scientifique spécialisé dans le comportement animal, et plus précisément sur les problématiques de bien-être animal et l’antropo-zoologie avec l’étude des relations entre humains et animaux. Il oeuvre pour rendre accessible les connaissances scientifiques à tous les propriétaires de chiens ou personnes intéressées par le comportement du chien en écrivant de nombreux livres, et via d’autres média.

Dans un article publié en 2009, dans lequel il a observé les interactions entre un groupe de chiens mâles pendant plusieurs mois, il écrit:
-“La notion de dominance a été utilisée de manière erronée pour décrire un trait permanent d’un individu, même s’il n’y a pas de véritable preuve qu’un tel trait existe.”
-“Des relations par paires sont évidentes, mais aucune hiérarchie globale n’ a pu être détectée.”
- Il propose un autre explication à l’observation de comportements agonistiques entre chiens:
•Apprentissages associatifs : C’est à dire, de façon très simplifiée « lorsque je me bagarre, j’obtiens tel résultat » ou encore « lorsqu’ untel passe près de moi dans telle situation, pour éviter la bagarre je dois faire telle action (partir, etc etc) »
•Valeur des ressources qui varient selon les individus : De façon simplifiée ici selon la valeur que va avoir une ressource pour un individu, il cherchera à la garder au maximum, et donc pourra s’engager dans des bagarres. Et donc selon les objets, et les individus, cela donne parfois lieu à bagarre ou non, au vue des apprentissages associatifs faits par les individus au cours des interactions précédentes.

Plus de détails: lisez son article « dominance in domestic dog: useful construct or bad habit? »

**************************************************************

Pour conclure cet article, je finirai par ceci :peut-être que voir son chien comme un assoiffé de pouvoir cherchant à dominer tous les autres chiens et tous les humains n’est pas la seule façon qui soit. Bien sur, cela est pratique, une explication pour tous les maux que vous rencontrez! Mais vous pouvez aussi chercher d’autres explications, en vous penchant un peu plus précisément sur ce que votre chien a à vous dire. Vous pouvez aussi le regarder et voir en lui un chien, un compagnon qui partage votre vie, un membre du groupe que vous formez avec votre famille, vos autres chiens et chats par exemple, voire même, un ami. Dans tous les cas, gardez toujours un esprit critique face à ce que l’on vous dit, posez des questions, poussez les personnes dans leurs retranchement!

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