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 Hiérarchie et dominance

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Céline
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Vos akitas: : F' Inukaï , né le 13/10/2010
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MessageSujet: Hiérarchie et dominance   Sam 15 Juin 2013, 10:18

Petit article d'un collègue sur la hiérarchie et la dominance intra et inter spécifiques... A méditer !




http://espritdechien.fr/articles/EDC_Article_Hierarchie_et_dominance.pdf


Préambule :

Alexandra HOROWITZ, Docteur en sciences cognitives, est enseignante et chercheuse au département de psychologie animale du Barnard College de New York.
Voici quelques extraits de son livre « Dans la peau d’un chien » :
« Principes de dressage et études scientifiques sont en désaccord. Les dresseurs sont nombreux à fonder leur rapport aux chiens sur une analogie avec le loup. Les scientifiques connaissent mal le comportement naturel du loup, et le peu qu’ils en savent contredit bien souvent les fondements de cette analogie. »
« Pour un animal qui doit vivre au contact des humains, l’attachement spécifique paraît logique ; pour un animal vivant en meute, ça l’est beaucoup moins. »
« Les loups sont des chasseurs mais nous n’autorisons pas les chiens à chasser. Leur technique de chasse a d’ailleurs été qualifiée de calamiteuse. »
« L’analogie avec l’organisation de la meute garde un grand attrait pour beaucoup, surtout si l’homme est placé dans le rôle du dominant. »
« La notion de meute nous offre un cadre confortable quand nous hésitons sur la façon de gérer une présence canine. »
« Dans la nature, les meutes ne regroupent pratiquement que des individus apparentés : ce sont des familles, pas des groupes de semblables rivalisant pour la place de dominant. »

Il est généralement admis, même si ce n’est pas scientifiquement totalement prouvé, que les chiens descendent des loups, ou bien que chiens et loups contemporains ont un ancêtre commun.
De ce fait, beaucoup continuent encore à comparer chiens et loups alors que depuis 100.000 ans leurs biotopes, naturel pour le loup et anthropogénique pour le chien, ont fait diverger leurs gènes, leurs organisations sociales, leurs mœurs, leurs buts, leurs besoins, leurs patrons-moteurs.

Pourquoi un chien domestique, vivant avec des humains, aurait-il une organisation sociale à base de meute alors que celle-ci est destinée à la prédation collective par la coordination des actions de chasse ? Pourquoi d’ailleurs chasserait-il alors qu'il est nourri ?
Des expériences sous contrôle scientifique ont été réalisées en ce sens : non seulement les chiens n’ont pas l’instinct de se rassembler en meute quand ils sont transposés dans un biotope naturel, mais encore leurs techniques de chasse ont été qualifiées de « calamiteuses » par les chercheurs.


Comparer un chien à un loup revient à comparer un humain à un singe.
Absurde.
Absurde et dangereux, car cette analogie incite à employer un langage et des méthodes totalement inadaptés pour communiquer avec nos chiens et les éduquer.

La dominance canine intraspécifique existe bel et bien, certes, mais on peut constater aisément qu’il s’agit d’une dominance fluctuante, mouvante, instable dans le temps, car elle dépend grandement des situations, de l'enjeu du moment, des individus en interaction et de l’environnement.

Aucun chien n’est dominant permanent.
Aucun chien n’est dominant dans l’absolu, sans avoir de congénères à dominer.
Aucun gène de la dominance n’existe.
Aucune race de chien n’est plus dominante qu’une autre.


Par ailleurs un chien dominant dans un groupe est respecté sans qu'il y ait agressivité.
Contrairement à la croyance populaire, un chien agressif n'est justement pas un chien dominant.


Le Dr Frank BEACH a passé 19 ans à étudier des meutes de chiens : il n’y a jamais de dominance physique ; tous les comportements sont ritualisés.
Le dominé adopte en général une attitude de soumission (par exemple présenter son museau pour que le dominant appose le sien par-dessus) de manière volontaire.
Il s'agit d'un rituel.
Un rituel sans violence. Jamais.


Quant à la dominance interspécifique, aucune étude sérieuse, observation empirique statistiquement significative ni surtout expérience sous contrôle scientifique n’a prouvé la véracité de cette thèse.
Scientifiquement parlant, tant qu’une chose n’a pas été démontrée, elle n’existe pas.


Affirmer le contraire ne reviendrait plus à comparer le chien à un loup, mais cette fois-ci à un homme ... ou l’homme à un chien.
On en sait peu sur la cognition des chiens mais on sait tout de même qu’’ils ne se prennent pas pour des humains, pas plus qu’ils ne prennent les humains pour des congénères.

Sans organisation sociale, codes communicationnels ni surtout buts communs entre humains et canins, comment donc une « meute » interspécifique, à l’image de celle des loups sauvages, pourrait-elle exister ?

Dans la nature, de nombreuses espèces partagent la même niche écologique (le célèbre Kruger National Park d’Afrique du Sud, par exemple, permet de le constater aisément) et la simple observation permet de vérifier que l’éléphant ne « domine » pas le buffle qui ne « domine » pas le zèbre qui ne « domine » pas le springbok.
Autour d’un point d’eau, ils cohabitent simplement, le temps de s’abreuver et sans chercher autre chose.


Le but profond, pragmatique, de la hiérarchie est la survie du groupe intraspécifique : comment donc alors un individu d’une espèce pourrait-il être le dominant d’un groupe d’une autre espèce ?
Sans moyens de communication interspécifique, avec des organisations sociales, des besoins, des buts, des modes de vie, des perceptions de l’environnement et des cognitions différents ?
Impossible.

Concernant les relations homme/chien, appliquons la simple logique : s’il y avait meute mixte humains-canin (la fameuse « famille-meute » encore chère à beaucoup) sur le modèle de la meute de loups, alors tous les autres humains et canins seraient hors meute et devraient être évités ou chassés, voire agressés, ce qui ne se produit pas.

Avec eux, nous constituons un groupe, un foyer, un rapprochement mutuellement profitable entre êtres vivants.
En aucun cas une meute, ni de chiens ni a fortiori de loups.



Esprit de Chien nomme ce rassemblement « groupe socio-affectif ».

Il y a confusion entre dominance et autorité, obéissance et soumission, posture de soumission et posture d’apaisement.

Un chien grogne quand on veut le descendre du canapé car il est dominant.
Plus simplement, il informe qu’on le dérange : tout individu, animal humain ou non humain fait de même, à sa manière.
L’humain râle, le chat crache, le chien grogne. Rien de nouveau.


Un chien se précipite vers la porte au moment de la promenade pour passer le premier et ainsi affirmer sa dominance.
Plus surement, il a attendu des heures entières, son propriétaire lui a fait voir sa laisse, il est tout excité, il a quatre pattes, beaucoup d’énergie, peut-être envie d’éliminer : il fonce. Rien d'extraordinaire.


Un chien fixe son propriétaire dans les yeux pour le dominer.
Si le propriétaire voit qu’il est fixé, c’est qu’il le fixe aussi ; dans ce cas qui fixe l’autre, qui domine l’autre ?


Un chien veut monter sur un fauteuil pour prendre la place de son maître, le dominant en titre.
Rien ne vaut une place confortable, imprégnée de l’odeur de son propriétaire. Où est le problème ?


Un chien veut être en hauteur pour dominer.
Comment font donc les chiens/les loups en plaine ou en savane ?
Par ailleurs les prédateurs n'ont pas de guetteurs, ils chassent : seules les proies potentielles en ont.


Un chien se met sur le dos pour se soumettre à son dominant.
Il s’agit en fait d'une posture rituelle d’apaisement, simplement destinée à calmer ce qu’il peut percevoir de tension dans la situation.


Un chien se couche dans le passage pour marquer sa dominance.
Plus simplement, il sait qu’à cet endroit, son propriétaire le remarquera.


Un chien doit manger après ses propriétaires pour qu’il sache qu’il n’est pas le dominant.
Dans la nature, le loup dominant mange en premier parce que c’est sur lui que repose la sécurité de la meute : il doit donc être le mieux nourri pour assurer ses charges et pouvoir se reproduire.
Les humains ont pris cette habitude car, historiquement parlant, les chiens étaient nourris avec les restes de table, donc après les humains.


Un chien obéit à son maître parce que celui-ci le domine.
Le chien obéit à son maître parce qu’il est opportuniste et raisonne par association : en obéissant il a appris qu’il en retirera quelque chose de positif, alors il le fait. Tout simplement.


Nettement plus horrifique : le dominant d’une meute est dans l’obligation de saillir une femelle en œstrus, sinon cela signifie qu’il renonce à sa position.
Ayons une pensée pour les propriétaires de chiennes.


Si hiérarchie il y a, elle n’est que dans la vision de l’Homme, et il ne lui vient pas à l’idée de ne pas se trouver à son sommet.
Dans la pratique, on peut toujours résoudre une problématique relationnelle homme/chien sans jamaisutiliser le modèle de relation hiérarchique.


Résumons.
La hiérarchie canine intraspécifique existe, mais elle est mouvante car elle dépend des individus en présence et des situations.
La hiérarchie interspécifique n’existe pas.
La relation homme/chien est une relation commensale entre un animal qui contrôle les ressources et un autre animal, captif et opportuniste.


Jean LESSARD (« La Terre a toujours été ronde, c’est notre façon de la voir qui a changé ») et Boris CYRULNIK (« Jusqu’à récemment, les humains voyaient l’univers avec leurs idées plutôt qu’avec leurs yeux ») l’ont bien exprimé : nous, humains, avons les facultés intellectuelles nécessaires pour pouvoir changer notre vision du monde et ainsi évoluer, nous améliorer, nous corriger.
Nous pouvons, nous devons profiter de ces facultés.
Il suffit d’en avoir la force de caractère ... et de le vouloir.

Le propriétaire d’un chien se doit d’être un leader, un protecteur, un responsable, une figure emblématique à laquelle le chien ne peut qu’adhérer ; en aucun cas un dictateur ou pire, un tortionnaire.

Son engagement est de pourvoir à tous les besoins du chien.
C’est une grande responsabilité, une lourde tâche, un immense pouvoir.
Il doit s’en montrer digne.
Pour le chien.
Et pour lui-même.






© Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien



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"Avoir un akita, c'est accepter de se remettre en question chaque jour"

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